Le secteur de la pomme de terre connaît en 2026 un défi majeur : un excès conséquent de stocks qui soulève des questions fondamentales sur la responsabilité de cette situation. Ce phénomène est le fruit d’une combinaison complexe de facteurs, allant de la production excessive à une baisse sensible de la demande, en passant par des difficultés dans la gestion et la distribution. Avec des volumes récoltés estimés à un record de 8,5 millions de tonnes, soit une hausse de 25 % des surfaces cultivées par rapport à 2023, la filière subit aujourd’hui une tension importante sur les marchés et dans les entrepôts. Ce contexte engendre de fortes pertes économiques pour les producteurs, contraints parfois à offrir leur récolte faute de débouchés commerciaux viables. L’interrogation centrale reste : dans cette crise des surstocks, qui porte la responsabilité ?
Les industriels de la transformation, débordés par cette accumulation, retardent leurs commandes, accentuant le ralentissement. Par ailleurs, la grande distribution, souvent citée dans la polémique, n’a pas réussi à stabiliser les prix malgré la pression croissante des producteurs. Enfin, les agriculteurs se retrouvent face à des risques économiques aggravés et des choix difficiles, entre vendre à perte ou céder leurs pommes de terre gratuitement pour éviter le gaspillage. Cette situation, qui impacte toute la chaîne, est aujourd’hui au cœur des débats. Analyse approfondie des causes, des responsabilités et des solutions envisageables pour sortir de cette impasse.
Production et surproduction : décryptage des causes à l’origine des excès de pommes de terre
La surproduction est incontestablement l’un des principaux facteurs à l’origine des surstocks actuels. En effet, au cours des deux dernières campagnes, les surfaces de culture ont augmenté de manière significative, atteignant 197 000 hectares en 2026, soit une progression de 25 % depuis 2023. Cette croissance, motivée par un contexte favorable d’anticipation de la demande, s’est accompagnée de rendements exceptionnels portés par des conditions climatiques largement favorables.
Pierre Lebrun, expert chez FiWap, évoque un ensemble de facteurs ayant abouti à ce phénomène inédit depuis plus d’une décennie. Des surfaces « débridées » conjuguées à de bons rendements ont produit un volume largement supérieur aux besoins actuels du marché. À cela s’ajoute aussi un excès de confiance post-pandémique, où le boom de consommation de pommes de terre transformées a incité à augmenter les productions. Cependant, la réalité économique a évolué rapidement, sans adaptation suffisante des volumes produits.
Ce excès s’explique également par des contrats mal calibrés, où les volumes engagés étaient trop ambitieux face à la demande réelle. L’UNPT a d’ailleurs récemment alerté sur les contrats 2026, pointant une baisse des volumes contractuels inadaptée et des prix insuffisants qui aggravent la situation des producteurs. Cette inadéquation contractuelle traduit un déficit de prévision de marché, mais aussi une forme de rigidité qui rend difficile l’ajustement rapide des surfaces cultivées.
Un autre aspect clé réside dans la compétition européenne et mondiale. Alors que le marché global des pommes de terre reste concurrentiel, les prix sont tirés vers le bas, une tendance confirmée par Pauline Delpech, consultante chez Ceresco. Elle souligne un tassement global du marché après l’effervescence post-Covid, rendant les arbitrages de production encore plus complexes pour les agriculteurs français.
Les effets conjugués de ces facteurs aboutissent à un surplus important, générateur d’une pression croissante sur les filières de stockage et de transformation. Un volume excédentaire estimé à plus de 450 000 tonnes de pommes de terre françaises pose ainsi un réel défi logistique et économique. Cette accumulation n’est pas sans conséquences, notamment des pénalités financières importantes, une dépréciation des produits stockés et des risques sanitaires accrus.
Les enjeux de la gestion des surstocks : méthodes et défis pour optimiser le stockage
La gestion des excès de pommes de terre ne se limite pas à un simple choix commercial, elle relève d’une organisation rigoureuse et complexe pour éviter des pertes majeures. La conservation de ces tubercules exige des conditions strictes : une température contrôlée, une bonne ventilation, ainsi qu’une surveillance continue pour prévenir le développement de maladies fongiques ou la germination prématurée.
Selon les recommandations de Terre-Net, cinq conseils majeurs peuvent aider à gérer au mieux les surstocks :
- 🌡️ Contrôle régulier de la température et de l’humidité au sein des entrepôts afin d’assurer des conditions optimales ;
- 🛠️ Maintenance rigoureuse des équipements de ventilation pour éviter les zones de stagnation d’air ;
- 👨🌾 Rotation fréquente des stocks pour écouler les lots les plus anciens en priorité ;
- 📦 Classification stricte des pommes de terre par qualité avant stockage pour isoler les tubercules dégradés ;
- 📊 Surveillance accrue via un système de suivi digitalisé qui permet une gestion proactive des risques.
Ces stratégies, bien qu’essentielles, rencontrent leurs limites face à des volumes extrêmes. En effet, le stockage prolongé peut entraîner des dépréciations qui affectent la valeur marchande des pommes de terre. À cela s’ajoute une pression financière croissante pour les producteurs, qui doivent supporter des coûts supplémentaires sans garantie de revente rapide.
Un cas concret illustre parfaitement ce dilemme : un agriculteur des Landes a récemment fait parler de lui car il a été contraint de donner 70 tonnes de pommes de terre, faute d’avoir pu les vendre, la grande distribution ayant réduit drastiquement ses commandes. Cette anecdote met en lumière une tension palpable entre une offre excédentaire et des débouchés insuffisants.
Cette situation problématique souligne la nécessité d’une réflexion globale sur la logistique de stockage et la valorisation des stocks excédentaires. De nouveaux outils, comme le recours à des plateformes collaboratives ou des marchés dématérialisés pour optimiser les flux, commencent à émerger, tout comme des solutions de transformation alternative pour limiter les pertes.
Distribution et marchés : quelle responsabilité dans la crise des surstocks de pommes de terre ?
Dans le contexte actuel, la distribution joue un rôle central dans la gestion, ou parfois la dégestion, des excès de pommes de terre. La grande distribution, pivot du circuit commercial, est accusée par certains producteurs d’une baisse excessive des commandes et d’une politique tarifaire qui fait pression à la baisse sur les prix. Cette problématique est notamment soulignée dans des reportages où l’on voit des récoltes données faute de pouvoir les écouler à prix corrects.
Le marché est ainsi caractérisé par un déséquilibre marquant entre l’offre abondante et une demande stable ou en léger déclin, notamment dans les secteurs de la restauration rapide et hors domicile qui ont vu une baisse de leurs commandes de plus de 90 % depuis 2020. Cette contraction durable impacte directement les volumes achetés par les industriels de la transformation, qui préfèrent freiner les approvisionnements pour éviter d’accumuler des stocks invendables.
Toutefois, il serait réducteur d’imputer la responsabilité exclusivement à la distribution. En effet, une partie des volumes était sécurisée par des contrats signés l’année précédente, fixant un prix plancher autour de 180 € la tonne, ce qui a permis de limiter certains dégâts économiques, mais pas d’éviter les surstocks.
La question de la responsabilité apparaît donc partagée :
- 👨🌾 Au niveau des producteurs, dont la gestion des surfaces et la prévision ne se sont pas ajustées assez vite au tassement du marché ;
- 🏭 Pour les industriels, débordés et ralentissant leurs commandes pour faire face à leurs propres contraintes de stockage ;
- 🛒 Enfin, du côté de la distribution, qui réduit ses achats sans toujours proposer de solutions alternatives pour absorber ces volumes en excès.
En parallèle, des dispositifs légaux et réglementaires encadrent les échanges et la mise sur le marché des denrées. Par exemple, l’arrêté du 5 janvier 2026 a suspendu l’importation de certains produits contenant des substances interdites, compliquant ainsi la gestion des flux internationaux et impactant le marché local. Ce cadre souligne la complexité de la chaîne d’approvisionnement et la responsabilité collective dans la prévention de telles crises.
Conséquences économiques et environnementales des excès de pommes de terre en surstock
Les excès importants de pommes de terre entraînent des difficultés économiques majeures pour la filière agricole. L’effondrement des prix, une réalité flagrante en 2026, a poussé certains producteurs à donner leur récolte plutôt que de subir des pertes supplémentaires. Ce phénomène souligne une perte de valeur significative et un stress notable sur les exploitations agricoles.
Le site Maison Travaux rapporte que cette situation provoque une crise identitaire pour les agriculteurs, qui voient leurs efforts réduits à néant. Lors d’une récente interview, un producteur landais déclarait : « On ne leur achète même plus, c’est aberrant. » Ce cri du cœur reflète une profonde frustration liée à la difficulté de valoriser une production pourtant abondante.
En parallèle, ce surplus impacte négativement l’environnement. Les surplus non valorisés conduisent à des gaspillages massifs, une tension accrue sur les terres agricoles et une énergie consommée pour le stockage sans retour économique. L’absence d’écoulement se traduit aussi par des pratiques de stockage long qui favorisent la dégradation des produits et peuvent générer des risques sanitaires, notamment la prolifération de maladies et parasites.
Tableau récapitulatif des impacts liés aux excès de pommes de terre :
| Impact ⚠️ | Conséquences économiques 💰 | Conséquences environnementales 🌍 |
|---|---|---|
| Effondrement des prix 📉 | Perte de revenus pour les producteurs, baisse de la rentabilité | Diminution de l’investissement dans des pratiques durables |
| Gaspillage alimentaire 🍽️ | Déstockage gratuit, coûts liés à la destruction | Augmentation des déchets organiques et émissions de gaz à effet de serre |
| Coûts de stockage élevés 🏭 | Pression financière accrue sur les exploitations | Consommation énergétique importante et pollution associée |
| Dégradation des produits 🥔 | Réduction de la qualité, risque de non-conformité | Impact négatif sur la biodiversité microbienne |
Ces constatations rappellent que la responsabilité dans la gestion des excès incombe à tous les acteurs de la filière, qui doivent collaborer étroitement pour trouver des solutions durables. Cela passe notamment par des ajustements en amont dans la production, des innovations logistiques et une meilleure coordination dans la distribution. Afin d’illustrer ce point, l’affaire judiciaire récente sur la responsabilité du producteur et de l’applicateur en cas de dommages agricoles met en lumière les enjeux liés à une mauvaise gestion technique et réglementaire qui peuvent aggraver les pertes.
Vers une répartition claire de la responsabilité et des solutions concrètes dans la crise des surstocks de pommes de terre
Alors que la crise des surstocks persiste, une répartition plus claire des responsabilités entre producteurs, industriels, et distributeurs s’impose. La question demeure complexe, car chaque maillon de la chaîne a sa part de rôle à jouer dans l’équilibre des volumes et la valorisation des récoltes.
Du côté des producteurs, une meilleure planification des surfaces cultivées apparaît essentielle pour éviter les excès. Cela nécessite un accompagnement renforcé dans les prévisions de marché et un dialogue plus étroit avec les industriels pour adapter les engagements dans les contrats. L’UNPT alerte d’ailleurs sur cette nécessité avec ses réflexions autour de la valorisation des stocks de pommes de terre en insistant sur une gouvernance renforcée et des mécanismes d’ajustement plus flexibles.
Pour les industriels, il est crucial d’améliorer leurs capacités de gestion des commandes et des stocks afin d’éviter des effets dissuasifs sur la production. La possibilité d’investir dans des technologies de transformation alternatives ou dans des débouchés innovants pourrait alléger la pression sur le stockage traditionnel.
La grande distribution, quant à elle, doit repenser une politique d’achat qui favorise la stabilité des volumes et encourage une juste rémunération des producteurs. Sans cela, le risque d’effondrement des prix et de gaspillage massif restera prégnant.
Voici quelques pistes concrètes pour sortir de la crise :
- 🤝 Création de plateformes collaboratives réunissant producteurs, industriels et distributeurs pour mieux anticiper la demande et ajuster la production.
- ⚙️ Développement de nouvelles filières de transformation valorisant les surplus (alimentation animale, bioénergie, produits dérivés).
- 📉 Introduction de mécanismes contractuels flexibles permettant des révisions annuelles des volumes commandés.
- 🌱 Soutien aux pratiques agricoles durables pour limiter les coûts et impacts environnementaux liés aux surplus.
- 📊 Investissement dans des technologies de stockage innovantes réduisant les pertes et prolongent la durée de conservation.
La responsabilité face aux surstocks est donc collective, mais elle suppose un engagement accru de chacun à agir de manière concertée et transparente. La filière doit, tout en respectant ses particularités, intégrer ces changements afin de préserver la pérennité économique et écologique de la production de pommes de terre en France.